Imaginez Kyoto au XIIe siècle. Pendant un peu plus de cent ans, à partir d'environ 1086, une succession d'empereurs rompit avec la tradition et tenta de diriger directement la politique et l'économie du Japon. Leur astuce était l'abdication. Une fois retirés, ils pouvaient rassembler d'immenses richesses et mener de vastes projets politiques. Ils s'installaient aussi physiquement en dehors des limites officielles de la capitale, en bâtissant de vastes complexes qui associaient temples et palais. L'empereur retiré Goshirakawa, qui vécut de 1127 à 1192, en construisit l'un ici même. Il s'appelait Hōjūjidono et couvrait plus de 14 hectares, soit environ dix terrains de football, le long de l'avenue Shichijō, entre la rivière Kamo et les collines de l'est. Lorsqu'il voulut y installer un temple, le chef guerrier Taira no Kiyomori, qui vécut de 1118 à 1181, proposa de contribuer à son financement. La salle fut achevée à l'ère Chōkan, en 1164. La consécration eut lieu le dix-septième jour du douzième mois, ce qui correspond, dans notre calendrier actuel, à la fin janvier 1165. Le nom lui-même porte un message. Rengeo, le Roi Lotus, est un autre nom du Kannon aux mille bras. Les historiens y voient aussi un écho du Sūtra du Lotus et de l'idéal indien du monarque universel, et y lisent le signe que Goshirakawa se considérait comme un souverain transcendant du Dharma. Ce schéma avait un précédent : le père de Goshirakawa, l'empereur retiré Toba, avait fait élever une salle aux mille statues dans la partie orientale de Kyoto, grâce à une donation de Tadamori, le père de Kiyomori. Deux empereurs retirés, deux temples, tous deux financés par le chef du clan Taira, un rappel de la manière dont les Taira ont prospéré.