En 1904, l'industriel textile Josep Batlló confie à Antoni Gaudí la refonte complète d'un immeuble banal du Passeig de Gràcia. Gaudí en fait une créature : la toiture écailleuse se cambre comme le dos d'un dragon, les balcons de fer ressemblent à des masques de carnaval ou à des os — d'où le surnom populaire de « casa dels ossos », la maison des os. La façade entière se lit comme une légende catalane : saint Georges, patron de la Catalogne, terrassant le dragon, sous le regard d'une galerie de pierre qui évoque la princesse sauvée.
À l'intérieur, la magie change d'échelle. Le puits de lumière est carrelé de bleus du sol au plafond, avec un dégradé qui s'assombrit à mesure que l'on monte, pour égaliser la lumière naturelle à chaque étage — un tour de passe-passe optique signé Gaudí. Les portes et fenêtres aux formes organiques, la salle noble aux plafonds en spirale et la coursive intérieure achèvent de convaincre : on comprend ici pourquoi Barcelone fut la capitale du modernisme catalan, cette déclinaison locale de l'Art nouveau aux lignes courbes, végétales et colorées qui a fleuri dans tout l'Eixample à la fin du XIXe siècle.
Pour votre groupe, c'est la mise en bouche parfaite du séjour : une heure et demie d'émerveillement, à quelques minutes de l'hôtel, avant d'aller dîner. En mai, les créneaux du week-end partent vite : réservez à l'avance, sans hésiter.
Notes
Le créneau de fin d'après-midi est le meilleur : les groupes scolaires sont repartis et la lumière rasante fait chanter les carrelages. Ce bloc est construit pour une arrivée en matinée ; si votre vol atterrit plus tard, gardez simplement l'extérieur — la façade illuminée et les vitrines du Passeig de Gràcia constituent à elles seules une belle soirée. Vestiaire et consignes sur place, mais on circule beaucoup dans les escaliers : chaussures plates recommandées.