Aujourd'hui, le Ghetto est mondialement connu pour sa gastronomie judéo-romaine. S'il y a une chose que vous devez absolument goûter, c'est le Carciofo alla giudia : un artichaut frit deux fois, à basse puis haute température, pour qu'il s'ouvre comme une fleur dorée et croustillante. Ce plat est né ici même de la nécessité de cuisiner avec des ingrédients simples et accessibles. Toutefois, en marchant vers les restaurants, je vous donne un conseil pratique : baissez les yeux. Vous remarquerez de petits pavés recouverts d'une plaque de laiton doré. Ce sont les Pietre d'inciampo, ou pierres d'achoppement. Chaque pierre porte le nom d'une personne raflée ici le seize octobre 1943, lors de l'occupation nazie. Plus de mille personnes furent déportées ce jour-là ; seules seize survécurent. Ces plaques ne sont pas des obstacles pour vos pieds, mais pour votre esprit, un rappel silencieux que ce quartier, malgré son dynamisme actuel, porte en lui les cicatrices de l'histoire la plus sombre du vingtième siècle. C'est cette dualité entre la célébration de la vie et la mémoire du passé qui rend cet endroit si profond.